Le parc de balisage

Histoire des phares et balises à Lézardrieux

Depuis le XIXᵉ siècle, Lézardrieux occupe une place centrale dans l’histoire du balisage maritime en Bretagne nord. Des premiers dépôts installés à Bréhat jusqu’au rôle stratégique du port pendant la Seconde Guerre mondiale, ce patrimoine témoigne d’une activité maritime essentielle.

La vedette 'Horaine' devant le parc des Phares et Balises - vue du Trieux
Des origines de Bréhat au transfert vers Lézardrieux

Au XIXᵉ siècle, le premier parc de balisage servant à la construction et à l’entretien des phares est installé sur l’île de Bréhat.

Ce choix, malgré les contraintes liées à l’insularité, s’explique par l’utilisation des courants de marée pour le transport des hommes et des matériaux, notamment pour la construction du phare des Héaux de Bréhat et, plus tard, du phare des Roches-Douvres.
À partir de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, le développement du balisage fixe entraîne la construction de nombreuses tourelles en granit dans l’archipel de Bréhat, l’estuaire du Trieux et la baie de Paimpol.

Avec l’augmentation des effectifs et l’arrivée de navires à vapeur dédiés au balisage, les limites du site de Bréhat apparaissent. Les conditions de vie liées à l’insularité et les contraintes nautiques conduisent l’administration à envisager un transfert du dépôt des phares et balises. Après étude de plusieurs sites, Lézardrieux, au lieu-dit Roch Briadis, est retenu. Malgré l’opposition de la commune de Bréhat, soucieuse de préserver des emplois locaux, le dépôt est transféré à Lézardrieux en 1889.

Détruits à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bâtiments sont ensuite reconstruits.

À partir de 1963, la subdivision des phares et balises de Lézardrieux prend en charge l’ensemble du balisage maritime des Côtes-d’Armor, devenant un site de référence à l’échelle départementale.

L’histoire des phares et balises à Lézardrieux illustre à la fois l’évolution des techniques maritimes et l’engagement humain au service de la navigation et de la liberté. Ce patrimoine constitue aujourd’hui un élément fort de l’identité maritime locale.

À partir du 18 juin 1940, les forces armées allemandes occupent le département des Côtes-du-Nord. La Bretagne, considérée comme une région stratégique face à l’Angleterre, voit ses ports réquisitionnés par la Kriegsmarine et son littoral placé sous une surveillance renforcée. Des soldats allemands s’installent dans les phares et sémaphores, aux côtés du personnel français.

Dès avant l’Occupation, des consignes de guerre avaient été prévues par le Service des Phares : camouflage des édifices, réduction de la portée des feux ou extinction temporaire, afin d’adapter le balisage aux contraintes militaires. Malgré la mise au service de l’administration française au profit de l’occupant, de nombreux agents des Ponts et Chaussées et des phares s’engagent progressivement dans la Résistance, au péril de leur vie.

À partir de 1942, le littoral nord de la France devient un enjeu majeur du conflit. La construction du Mur de l’Atlantique entraîne l’édification de nombreux blockhaus et l’installation de stations radar sur des sites stratégiques, notamment de Ploumanac’h au cap Fréhel. Les phares sont intégrés au dispositif défensif, occupés, parfois minés et placés sous étroite surveillance.

Dans ce contexte de tension extrême, certaines installations purent toutefois être préservées, grâce à des relations de respect entre responsables français et allemands, évitant la destruction totale de sites emblématiques comme le phare des Héaux de Bréhat.

À partir de 1942, la Résistance organisée se développe fortement dans les Côtes-du-Nord. De nombreux agents des Ponts et Chaussées, ingénieurs, ouvriers et employés des subdivisions littorales, s’engagent activement au péril de leur vie. Leur expertise technique leur permet de collecter des renseignements précieux pour les Alliés, notamment sur les défenses côtières et les mouvements de navires, mais aussi de participer à des actions de sabotage, de désobéissance civile et de sauvetage d’aviateurs alliés.

Deux grands réseaux structurent cette action : le réseau Cohors-Asturies à l’ouest du département et le réseau Mabro-Praxitèle à l’est. À Lézardrieux, l’ingénieur André Le Bras joue un rôle central au sein du réseau Cohors-Asturies, faisant du port un point stratégique de la Résistance maritime en Manche.

Ses actions sont multiples : détournement de matériel des phares, opposition à leur utilisation militaire, aide logistique aux réseaux clandestins, transport d’armes, protection de résistants recherchés et recrutement de nouveaux agents. Il contribue également à protéger des jeunes du Service du travail obligatoire (STO) et à soutenir les familles de résistants engagés à l’étranger.

Cette solidarité et cet engagement collectif permettront notamment l’organisation d’actions majeures de la Résistance maritime, dont l’évasion de la vedette La Horaine vers l’Angleterre, symbole du courage et du patriotisme des agents des phares et balises de Lézardrieux.

Le départ clandestin de la vedette La Horaine vers la Grande-Bretagne constitue l’un des épisodes les plus marquants de la Résistance maritime en Bretagne nord. Après une première tentative avortée en mars 1943, qui entraîne l’arrestation et la déportation de plusieurs résistants, le réseau Cohors-Asturies prend en main l’organisation de l’opération.

Dans la nuit du 22 novembre 1943, sous la coordination d’André Le Bras, La Horaine quitte discrètement le port à l’occasion d’une relève au phare des Roches-Douvres. À son bord, des volontaires des Phares et Balises et de jeunes résistants, déterminés à rejoindre la France libre. Une opération parallèle visant à embarquer des aviateurs alliés cachés près de Plougrescant échoue en raison des mauvaises conditions de visibilité.

Malgré cet imprévu, La Horaine atteint le port de Dartmouth le 23 novembre 1943. L’équipage rejoint alors les Forces françaises libres et remet aux Alliés des documents stratégiques, faisant de cette traversée un acte majeur de courage et de résistance.

La lanterne du phare des Triagoz, à l’entrée du parc des phares et balises
Plaque commémorative à André Le Bras, ancien directeur du service des Phares et Balises
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